bannière

Conserver le patrimoine : voici quelques éléments de réflexion

Conserver le patrimoine pourquoi ? Quelques articles que nous avons trouvés pour nous éclairés.

Le patrimoine ? Tout le monde en parle. Dans les pays occidentaux, on souhaite protéger, conserver, restaurer, on cherche son identité, ses racines dans les témoignages du passé. On craint que la civilisation contemporaine, avide de rentabilité, ne laisse disparaître définitivement les traces des sociétés qui nous ont précédés.

Le patrimoine, ce ne sont pas seulement de vieilles photos jaunies. Regardons autour de nous, à observer aussi bien les rues de villages, des chemins, des champs, des bosquets que des zones laissées en friches.

Après avoir parlé de la notion de patrimoine en général et de son histoire, cette brochure traitera des rapports variés et concrets que chacun d’entre nous peut avoir avec le patrimoine : restauration d’anciennes bâtisses, visites aux musées du patrimoine

Le patrimoine à la mode*

Depuis 1984, ont lieu, en France lors du troisième week-end de septembre, les  » Journées du patrimoine « . Beaucoup d’entre nous, invités par des articles de journaux, la TV régionale, l’ouverture exceptionnelle des portes de divers monuments ou d’administrations et la gratuité des visites, ont revu ou découvert des musées, des châteaux, des palais de justice ou quelque autre vestige moins prestigieux, parfois juste sorti des décombres ou de la végétation qui l’enfouissait.

L’année 1980 a été déclarée par le gouvernement, en France, Année du patrimoine. Ceci « a eu un grand retentissement, notamment pour ouvrir aux  » nouveaux  » patrimoines, pour dépasser la conception classique du patrimoine (artistique et monumental). Le patrimoine rural, le patrimoine industriel, ont été véritablement  » découverts  » à ce moment-là, même si Malraux, dans les années 60, avait ouvert la voie ». (Jean Guibal, conservateur en chef du patrimoine de l’Isère).

Conserve le patrimoine
patrimoine

Depuis quand parle-t-on du patrimoine ?

Depuis plus de deux siècles, dans les pays occidentaux, on protège et on collectionne le patrimoine artistique. Chateaubriand fut l’initiateur du mot  » patrimoine  » et Guizot fonda, avec Mérimée, l’administration des Monuments historiques, sous le régime de Louis-Philippe*. En 1964, André Chastel et André Malraux créent l’Inventaire général des monuments historiques et des richesses artistiques de la France. En 1970, le premier Musée industriel ouvre ses portes au Creusot.

Au XIXème siècle, le patrimoine a été un élément essentiel dans l’élaboration du sentiment national en Europe. Il fait appel à la mémoire et à l’affectivité. On cherche un style national.

Mais  » le nationalisme se greffe sur le patrimoine à partir du moment où celui-ci est devenu un élément, ou un but, de cette quête d’identité « . » On peut s’accrocher à son patrimoine de façon paralysante, hystérique, réactionnaire (J. Le Goff, « le Monde 7 janvier 1997). Le patrimoine peut être un enjeu de guerre : destructions systématiques des monuments de Sarajevo par les Serbes par ex.

La recherche de la culture des générations passées peut présenter un autre danger, celui du passéisme.  » Retourner au bon vieux temps « ,  » vivre au pays « . Ceux qui lancent ces formules se font des illusions sur cet heureux ancien temps. Est-il souhaitable, à tous les niveaux de la société, de revenir à la situation de l’économie et surtout de la vie quotidienne du début du XXme siècle ? » Vivre au pays  » doit signifier, avant tout, de nos jours, rester à la campagne pour y exercer un métier en y profitant des avantages du monde contemporains ;

Évolution de la notion de patrimoine

Étymologiquement, le patrimoine est l’héritage du père. C’est un bien propre et inaliénable du vivant du titulaire, dont on ne peut être dépossédé que par action de justice. On emploie, depuis la fin du XVIIIème et le début du XIXème siècles, le terme de patrimoine artistique. Ce patrimoine fut découvert et inventorié, par exemple, en Égypte, en Mésopotamie, en Grèce, à Rome ; on l’a mis en valeur et conservé : on a organisé des musées ; les pays d’Europe se sont appropriés ces objets et ces monuments, sans scrupules, après les explorations des archéologues…

Aujourd’hui, avec l’étude des sociétés et de leur histoire à l’échelle d’une région, d’un pays ou du globe, la notion de patrimoine s’est beaucoup élargie. 0n ne peut concevoir la protection du patrimoine sans le considérer comme le témoignage d’une société tout entière où se retrouvent les traces de la vie économique et sociale et les marques qu’elles ont laissées dans l’espace, dans les lieux. Le terme de patrimoine industriel n’a guère plus d’une vingtaine d’années. Il évoque l’usine, les machines, la mémoire ouvrière, la culture d’entreprise, les savoir-faire, le labeur. (Voir  » Le patrimoine industriel « , François Sicsic, Sciences humaines, N° 74, juillet 1997).

De même, la campagne est un lieu de travail et de vie des agriculteurs, des artisans ruraux et de leurs familles. Au même titre que pour le patrimoine industriel, on parle de patrimoine rural. Et les traces laissées au fil du temps ne sont pas que matérielles ; elles sont inscrites dans les corps et dans les têtes des individus. Dans la réflexion contemporaine sur le patrimoine,  » on en est venu à la notion de patrimoine immatériel, ensemble des traits spirituels, matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social  » et qui  » au-delà des arts et des lettres  » englobe les modes de vie, les droits fondamentaux des êtres humains, les systèmes de valeur, les traditions et les croyances « . (Voir  » Le courrier de l’UNESCO, le patrimoine mondial, état des lieux « , septembre 1997). Ce patrimoine aussi est inaliénable et cependant qu’en est-il souvent advenu ?

Protection du patrimoine, pas seulement la préoccupation des pays riches.

Pour remettre en valeur ou entretenir des vestiges du passé, ne faut-il pas être riche, disposer de beaucoup d’argent ? Oui, si nous pensons à nos monuments, à nos quartiers urbains, à nos villages, à l’espace de nos campagnes, au paysage.

Mais les sociétés pauvres s’intéressent aussi à leur passé, surtout quand elles sont minoritaires. Les sociétés dites primitives ou premières qui ont été malmenées au cours de l’histoire par les conquérants d’origine européenne n ‘ont pas oublié leur patrimoine malgré la répression qu’elles ont subie. Ces peuples veulent s’appuyer aujourd’hui sur lui pour mieux vivre.

 » Pour savoir qui l’on est, il faut savoir d’où l’on vient, à qui l’on appartient, pays, région, mais aussi lignée familiale. » (Bégine Warneck)

Les Noirs des USA vont en voyage en Afrique, à la recherche de leur histoire et de leurs lointaines racines, pour mieux prouver leur valeur d’Hommes que l’esclavage leur avait déniée. Les Inuits du grand nord canadien* ont réclamé longtemps et enfin obtenu, en juin 1998, le droit de se constituer en nouvel état canadien autonome, le NUNAVUT*, afin de se gouverner selon leurs propres coutumes, d’affirmer l’usage officiel de leur langue et de pouvoir l’enseigner à l’école. Il ne s’agit pas pour eux de se couper de la vie américaine contemporaine, mais de garder la maîtrise de leur avenir grâce à leur structure sociale et à leurs cultures traditionnelles. Ils espèrent ainsi que les jeunes, jusqu’alors ballottés entre deux civilisations, l’une mourante et l’autre conquérante, vaincus, désabusés et suicidaires, retrouveront, grâce à l’autogestion, leur fierté et des raisons d’espérer. Les mêmes aspirations se retrouvent chez les Indiens des réserves des USA**.

Patrimoine, identité et racines.

La recherche de l’identité, de ce sentiment d’appartenance à un groupe, à une culture, passe par la connaissance du passé sur laquelle brode l’imaginaire. De plus en plus, les sociétés et les individus prennent conscience de vivre, de passer, dans le temps et tous les témoignages de leur passé sont pour eux des repères indispensables. Le patrimoine leur fait comprendre comment la société dont ils sont originaires s’est organisée pour survivre, avec son génie et son courage. Elle a résolu les problèmes qui se sont posés dans le temps et dans l’espace, en rapport avec le milieu naturel, les possibilités techniques et la société globale… Plus que jamais, les hommes se déplacent, se côtoient, s’installent hors de leur pays d’origine. Le retour aux sources est peut-être un besoin croissant d’ancrage. En fait ce n’est pas simple. Les migrations des travailleurs et de leur famille, d’un pays à l’autre, les mariages mixtes, ont rattaché les individus à des identités d’adoption. Ils peuvent même revendiquer un attachement à une double identité, à un double patrimoine.

Les références identitaires des jeunes d’aujourd’hui, quelle que soit leur origine, ne sont pas celles de leurs parents. Ils vivent dans un monde qui change. La valeur d’un patrimoine n’est pas immuable, on ne peut avoir, à son propos, une attitude passéiste. C’est pourquoi parler de  » racines  » n’est peut-être pas un terme approprié car il évoque une fixation bien ancrée dans le sol et non pas les transformations continues que gèrent et intériorisent les groupes sociaux au cours du temps.

Et attention ! Affirmer ses racines, son identité par rapport à d’autres, n’est-ce pas une menace d’exclusion brandie par les mouvements d’extrême droite ? N’est-elle pas, au contraire, ou ne devrait-elle pas être une éducation au respect de l’autre ?

* Voir  » Le Monde  » 29/,30 août 1998 et « Géo » 1995

Individus et municipalités face à la conservation du patrimoine rural

Des citadins achètent, à la campagne, de vieilles maisons. Des retraités de la ville reviennent s’installer au pays, dans la demeure familiale quittée depuis bien des années et où ils passaient, parfois, les vacances. Quel plaisir d’être propriétaire d’un objet de valeur patrimoniale, et d’y trouver une convivialité, dans un cadre ancien qu’on souhaite rendre confortable !

Mais alors comment entretenir, voire restaurer l’ancienne bâtisse ? Une maison n’est pas seule ; elle s’inscrit dans un ensemble construit et dans un espace rural qui s’est transformé depuis l’usage originel de la maison. Comment, alors, passer de l’outil (maison, ferme) intégré dans des activités et une société ancienne, à un outil contemporain ? Comment s’approprier une architecture populaire et vernaculaire* en allant au-delà de la référence au passé ? Comment allier le patrimoine et l’innovation ?**.

 » Le débat sur le patrimoine se heurte fréquemment à cette difficulté de faire vivre un héritage, une richesse dans un environnement socio-économique totalement en rupture avec les conditions qui ont présidé à sa création. Concilier l’inconciliable relève souvent du périlleux. Il s’agit là d’être novateur, imaginatif, ouvert, à l’écoute, respectueux de l’environnement, empreint du passé mais résolument tourné vers l’avenir, un exercice de style pour lequel les solutions plaquées sont à proscrire. »

*** CAUE : Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement. Un par département.

Restaurer coûte cher

L’acceptation en ZZPAUP permet aux particuliers d’obtenir des subventions pour le surcoût de la restauration car les tuiles écailles, par exemple, doivent être refaites à l’ancienne ; elles sortent ainsi du circuit industriel et sont plus chères. Les particuliers, les conservateurs du patrimoine, les élus, sont ainsi confrontés à de grosses dépenses; ils doivent en voir l’intérêt, calculer et faire par conséquent des choix qui ne sont pas forcément du goût de tous.

Restaurations, agrandissements : coexistence du neuf et de l’ancien.

Les bâtiments agricoles.

Les agriculteurs, qui restent peu nombreux, ont agrandi la surface de leurs exploitations et ont besoin de granges, d’étables, de bergeries adaptées aux conditions de l’agriculture contemporaine. Des adjonctions de bâtiments en matériaux industriels peuvent heurter le regard du promeneur. Peut-être, dans certains cas, pourrait-on éviter de telles constructions. Des conseillers* proposent des solutions avec des matériaux traditionnels ou avec des matériaux industriels d’aspect plus satisfaisant.

Musées, mémoire officielle du patrimoine rural

Partout les dépliants touristiques nous invitent à aller voir des musées : musées archéologiques, ethnographiques, musées du patrimoine…Des passionnés y ont accumulé, avec patience et intelligence, de nombreux objets, outils des siècles passés depuis la préhistoire, mais pouvant aller jusqu’aux objets récents. Ils témoignent de l’évolution des activités* des sociétés**.

Le travail d’un musée du Patrimoine répond à plusieurs obligations :

Il y a le travail de collecte ; c’est le rôle le plus ancien. Collecte chez des particuliers, récolte des fouilles de sites historiques ou préhistoriques… Ce travail s’accompagne de la réalisation de fiches sur les objets, comportant lieu d’origine, date et usage réel ou supposé, date de la collecte et, éventuellement, nom du donateur.

Le travail de sauvetage : fouilles lors d’une démolition, du creusement de tranchées (lors de la construction d’une autoroute ou du TGV dans la vallée du Rhône par ex.). Ce qu’on ne peut conserver sur place ou ne pas conserver du tout est photographié et répertorié.

Les expositions et les inventaires sur lesquels nous donnons des précisions plus loin.

* Le Musée dauphinois, à Grenoble, présente ainsi une exposition permanente sur l’histoire du ski, depuis la préhistoire jusqu’à l’époque contemporaine.

La présentation au public, les expositions

Il ne suffit plus, pour les conservateurs actuels de récolter de nombreux objets et de les exposer

Côte à côte, par catégorie d’usage : outils du forgeron, outils du charron, outils de la ferme, etc.

Des musées ruraux présentent encore cette accumulation, souvent bien sympathique, d’ailleurs. Au Musée des arts et traditions populaires, à Paris les expositions d’objets sont le résultat de collecte et d’analyse des fabrications et des usages. Elles permettent, en plus, d’apprécier la beauté de la plupart des objets utilitaires fabriqués artisanalement. Mais, depuis une trentaine d’années, la muséographie, sous l’impulsion de ce musée, s’est donné comme but d’être plus proche des sociétés. L’outil n’est rien tout seul, sinon un bel objet. Les expositions actuelles proposent d’autres approches, c’est-à-dire la mise en situation des objets et de leur utilisation en retraçant l’environnement économique et social de l’époque.

L’intérêt de ces expositions et de la conservation du

Patrimoine local Jean-Claude Duclos, conservateur en chef du patrimoine et directeur adjoint du Musée Dauphinois dit en 1998  » Au-delà d’une centaine d’années, la mémoire collective tend à s’effacer. Aussi les montagnards que l‘on interroge aujourd’hui à propos des gens de l’alpe, vont-ils chercher leurs informations dans les livres ou dans les musées. Il n’y a pas lieu ici de se lamenter. La vie des hommes est faite d’oublis, de nouveautés et d’inventions dans lesquels l’avenir est en gestation, inéluctablement différent. Cependant outre les musées et les chercheurs qui tentent de présenter l’explication de ce qui nous a précédés, force est de constater que persistent dans nos sociétés quelques repères du passé, épargnés par l’érosion et l’oubli et soigneusement entretenus « . Revue de « l’Alpe » du Musée Dauphinois, 1998, Ed. Glénat).

Pour l’historien et pour tous, l’intérêt réside dans l’identification à l’histoire générale. De tout temps les hommes ont adapté leurs activités pour vivre, en fonction des conditions naturelles mais surtout en fonction des techniques et des nécessités économiques imposées par un environnement beaucoup plus vaste. Préserver le patrimoine c’est mettre en lumière les fils conducteurs des évolutions avec leurs temps de latence et leurs bonds plus brusques. Les musées ethnographiques, les musées du patrimoine, les écomusées sont de plus en plus visités par des gens qui, la plupart du temps, n’ont aucun lien d’origine avec ce qu’ils vont voir.

Pourquoi alors cet intérêt ? Par goût de l’histoire ? Parce que la vie évoquée permet de retrouver

Un peu celle des parents ou grands-parents ? Par besoin d’imaginer, de réinventer le passé des uns et des autres en s’appuyant sur des témoignages précis ?

Le travail d’inventaire des musées

Certains musées départementaux du patrimoine ont entrepris des inventaires. Le Musée dauphinois, que nous prenons encore comme exemple, a réalisé des inventaires par pays. Ces

« pays* » sont identifiés par leur unité géographique, à la fois physique et humaine.

L’inventaire du Pays du Trièves débute par la notation des sites préhistoriques et les objets fournis par les fouilles. Puis sont répertoriés les vestiges des mottes castrales, des châteaux, des maisons fortes du Moyen Age, bâtiments plus ou moins conservés dont on parvient à retrouver le plan et pour lesquels les archives permettent de reconstituer l’histoire. On trouve des photos et des plans des fermes caractéristiques du pays, des maisons des villages et des bourgs.

Les imposantes bâtisses du Trièves sont fréquemment en longueur pour les maisons de paysans et carrées pour les maisons de maîtres  » Leur architecture très dépouillée offre une grande rigueur, voire une certaine austérité de forme. Généralement implantées dans l’axe de la pente, elles ont de gigantesques toits couverts de tuiles écaille de couleur brune. »

Les inventaires ont recensé, non seulement le patrimoine matériel, mais aussi les langues, les chansons, les danses, la littérature.

Il s’agit, par ces inventaires, de mettre en valeur le patrimoine sur ses lieux d’implantation.

Aspects paysagers, richesses du bâti, vie d’autrefois, un autrefois éloigné d’une ou deux générations seulement : On s’adresse à tous, visiteurs de la région, touristes, mais en particulier aux gens, aux enfants du pays, Par des livres, des expositions, des visites de vestiges ou de bâtiments encore en service; on retrouve alors les traces des activités passées, le travail des grands-parents et leur peine ; on revit leurs instants de bonheur ; on imagine la vie sociale du village, ce qu’était sa propre famille et les autres, les voisins ; ceux qui exerçaient le pouvoir, ceux qui étaient soumis.

Connaître, imaginer, peut-être que ça peut donner envie de continuer à vivre là, dans un milieu familier, convivial, à continuer à observer et à vivre avec les saisons, comme les paysans d’autrefois, mais avec d’autres moyens.

Qu’est-ce qu’un  » pays  » ?

Ici on utilise ce terme de façon précise, en correspondance avec des recherches et des actions particulières.

Définition d’un géographe : Le  » pays « , c’est un espace d’action sociale, c’est-à-dire des gens groupés en réseaux, ou bien des réseaux qui se rencontrent, qui ont intérêt à faire des choses ensemble, ce qui produit des solidarités entre eux et donc forge peu à peu une identité collective.

Définition administrative

Les « pays » peuvent être constitués lorsqu’un territoire présente une cohésion géographique, culturelle, économique et sociale ; il se définit ici comme l’expression de la communauté d’intérêts économiques et sociaux ainsi que, le cas échéant, les solidarités réciproques entre la ville et l’espace rural.

Les préfets relèvent en France, fin 1998, 61 pays  » constatés « , environ 80 pays  » émergents  » et autant « en réflexion ».

Conserver grâce à la volonté locale et à l’aide extérieure.

C’est par une politique locale volontariste que les choses ont été prises en main. Les habitants souhaitaient valoriser tous les secteurs de l’économie afin de continuer à exister. Ils se sont mobilisés avec les élus des communes et des cantons ainsi qu’avec le monde agricole (syndicats agricoles, chambre d’agriculture). Ont aussi participé au mouvement les diverses associations à la recherche de possibilités de développement, en particulier les associations animant les secteurs économique, social, culturel et touristique. Pour réaliser les objectifs il fallait de l’argent ; il a donc été nécessaire de mener des études précises de faisabilité. Elles ont été lancées sur plusieurs thèmes regroupés autour de la noix (séchoirs à noix, noix et tourisme…).Des dossiers ont été constitués et déposés auprès de divers organismes. Les coûts ont été chiffrés par secteur d’intervention et par commune. Le calcul des sommes disponibles localement a permis de fixer le montant des subventions à demander.

Car il y avait des portes auxquelles on pouvait frapper : la politique gouvernementale d’incitations pour l’aménagement du territoire encourageait ces actions et débloquait des fonds. Le Conseil Général de l’Isère, la Région Rhône-Alpes, l’Etat et la Communauté européenne ont participé aux financements.

* La valeur des lieux façonnés par le travail séculaire, voire la beauté. (Appréciation très subjective donc).

L’aménagement du territoire.

C’est une préoccupation permanente du gouvernement. De nombreuses décisions ont été prises depuis plusieurs décennies au constat, notamment, de la désertion de campagnes où l’agriculture difficile et traditionnelle ne pouvait résister aux mutations de l’économie contemporaine.

Signalons deux décisions qui entrent dans le propos de ce fascicule :

-En avril 1975 l’Etat définit les objectifs et les modalités de  » contrats de pays « . Il prévoit des mesures en faveur des petites villes et de leur pays ainsi que des moyens d’intervention dans certaines zones rurales touchées par le dépérissement.

– En février 1995, la loi d’orientation, d’aménagement et de développement du territoire

(LOADT) est promulguée. Elle fait suite à 20 ans d’hésitations et de négligences, pendant lesquels la situation de crise économique et la politique productiviste a aggravé, entre autres, la situation des campagnes. Cependant de nombreux scientifiques ou acteurs ruraux (associations rurales diverses, chambres d’agriculture, groupes d’études au niveau de l’état, Assises du Monde Rural, au niveau des départements…) se penchent sur cette rupture inquiétante et prennent des initiatives. La loi a comme objectifs de corriger les inégalités des conditions de vie, de compenser les handicaps territoriaux, de moduler les charges et de réduire les écarts de ressources entre les collectivités. Et ceci en protégeant les espaces agricoles, les zones forestières, les sites et les paysages, notamment contre l’emprise urbaine. L’une de ses innovations majeures est de déconcentrer les pouvoirs et d’inciter aux actions de développement local par la reconnaissance des  » pays « .

Tout cela s’accompagne de structures de financement au niveau départemental, régional, national et européen.

– En Juin 1999, la loi d’orientation pour l’aménagement et le développement durable du territoire (LOADDT), complète ces dispositions par des mesures environnementales. Elle met l’accent sur la mobilisation des énergies locales autour de projets.

La restauration reste l’affaire de chacun.

Des techniciens sont engagés dans le cadre du contrat de pays pour conseiller les particuliers en ce qui concerne les constructions privées et les communes qui améliorent les bourgs, rues et bâtiments. Les techniciens du CAUE proposent l’emploi de matériaux appropriés, conseillent sur l’aspect extérieur à privilégier et sur l’aménagement en fonction de l’utilisation choisie*.

Même la simple réparation d’un bâtiment ancien est exigeante. Les produits modernes aussi performants soient-ils, peuvent entraîner des dégâts dans les constructions.

Boucher des fentes ou des trous dans du pisé avec du ciment aboutit souvent au résultat inverse de ce qu’on cherche : le ciment n’adhère pas et entraîne un phénomène de capillarité qui fait remonter l’eau dans le mur. Il faut donc chercher un liant, même contemporain, qui soit proche du matériau ambiant; de la même façon un crépi trop imperméable ne conviendra pas et dans le commerce il faudra trouver un enduit perméable ou bien le confectionner avec la terre du lieu, ce qui respectera, en même temps, la couleur du bâti, etc.

Gérer le patrimoine rural c’est gérer l’espace

L’espace rural est un patrimoine. Il a été créé, progressivement, au cours des siècles, par les agriculteurs, dans le cadre des économies et de la vie rurales d’autrefois. Aujourd’hui s’ajoute, à ces espaces anciens, l’espace de la société contemporaine.

Ainsi l’espace évolue et se transforme constamment au cours des siècles ; certains paysages ruraux qui nous sont familiers étaient très différents, il y a cent ou cent cinquante ans, de ce qu’ils sont aujourd’hui. Les transformations sont, soit le résultat d’une évolution lente de l’économie et de la société, soit celui d’une véritable révolution qui a imposé un changement rapide. Elle bouleversé l’espace du groupe et sa traduction dans le paysage.

Alors se posent les questions liées au développement. Doit-on protéger à tout prix un environnement parce qu’il est censé représenter nos racines ou parce que la mode est à sa conservation ? Doit-on tenir compte de la valeur économique actuelle de ce patrimoine ? Quelle valeur va-t-on privilégier ? agricole ? touristique ? résidentielle ? Les exemples sont nombreux en Europe. En Scandinavie, par exemple, le remembrement autoritaire du XIX me siècle a transformé la campagne à gros villages en bocage large à habitat dispersé. En France, les Landes de Gascogne se sont couvertes de forêts de pins au XIXème siècle ; ceci a profité aux propriétaires bourgeois qui vendaient leur bois pour les mines et les voies ferrées en plein développement ; depuis une quarantaine d’années, nouveaux changements : les champs de maïs se taillent de grandes surfaces dans le territoire forestier (Voir : BT2 n° 261).

Qu’est-ce que l’espace ?

On peut parler de deux façons différentes de l’espace à la surface de la terre. La première, la plus commune, désigne l’espace qui entoure, l’étendue, le support, le morceau de la surface terrestre ; cela va de la chambre ou du jardin, à l’étendue des champs et des bois, de la mer etc.

L’espace est observé, concret. La deuxième façon désigne un espace d’interrelation entre le support et l’homme (la chambre devient un espace de vie) et d’interrelation aussi entre les hommes eux-mêmes par les réseaux qu’ils créent dans leurs différentes activités ; c’est un espace produit, un espace vécu par un homme ou un groupe d’hommes. C’est, dans une certaine mesure, un espace virtuel ; il n’est pas permanent. (Cette notion d’espace est déjà développée par H.Bregson dans  » Matière et mémoire  » et par H. Poincaré dans  » Sciences et Méthode  » au début du XXème siècle. Reprise par la suite dans les sciences sociales, elles entrent dans le vocabulaire géographique à la fin des années 1970).

Se servir du patrimoine pour moderniser l’agriculture

Le patrimoine des paysans, c’était la terre dont ils héritent à la mort du père agriculteur. La terre est toujours un héritage, mais celui-ci a subi bien des secousses : remembrement, expropriations aux abords des villes ou pour la construction autoroutes et de voies de TGV… Des héritiers devenus citadins louent leurs terres aux derniers agriculteurs ou bien plantent des arbres dont la coupe rapportera quelques revenus.

Dans la région de Tullins-Vinay, l’agriculture tient encore une grande place, même si chaque année les surfaces agricoles diminuent. L’espace agricole est lié, nous l’avons vu, à la culture de la noix et à élevage.

Le contrat de pays permet des aides financières, des conseils et des facilités. La chambre d’agriculture et les syndicats agricoles avec le syndicat de communes ont rendu possible l’amélioration des conditions de travail par le regroupement des terres et la modernisation, les agrandissements des anciens bâtiments d’exploitation. Une aide financière est prévue pour « l’intégration paysagère » et pour l’aménagement des abords des fermes. Les agriculteurs qui se sont engagés dans ces travaux ont reçu, à partir de 1995, des subventions.

De jeunes agriculteurs peuvent s’installer sur des lots de terres regroupées.

Toutes ces actions sont encouragées par une bonne commercialisation des produits.

La forêt, les marais, les friches : entretien et création d’emplois.

La Conservation de la forêt et la suppression des friches ne peuvent être entreprises et efficaces que si elles sont utiles.  » Sur les coteaux 1400 ha ont été conquis par la forêt depuis 1950. Aujourd’hui il faut ajouter 720 ha environ en cours d’enfrichement. Parmi ces derniers, 450 présentent un enjeu par leur situation (abords de villages, de hameaux ou de routes). Le maintien de ces espaces ouverts peut s’avérer stratégique pour l’équilibre paysager. Sur les zones humides… l’abandon par l’agriculture entraîne une baisse du potentiel écologique et un impact paysager négatif. Elles représentent 50

à 60 ha « . Rapporté par la chambre d’agriculture dans  » La Trace « , journal du syndicat intercommunal). Les termes employés par la chambre d’agriculture,  » équilibre paysager  » et  » impact paysager négatif  » sont des jugements de valeur tout à fait subjectifs. Au-delà de l’intérêt écologique souligné dans ce texte, on peut aussi se demander ce que peut être une campagne aux horizons complètement fermés par la forêt et aux hameaux et villages cernés par les arbres et la friche. Les fermes gagnées par la friche

Les friches.

Le contrat de pays et la loi paysage encouragent les exploitants à débroussailler les coteaux passés à la friche et à drainer les zones humides. Des études d’entretien des parties ainsi défrichés sont menées avec les chasseurs et les agriculteurs. Un élevage extensif serait susceptible de maintenir ces terres en exploitation ? Ailleurs, des régions de moyenne montagne proposent de semblables solutions, sur le versant des Cévennes, par exemple.

Mais pourquoi s’interdire les friches ? Notre civilisation n’aime la nature que si elle lui renvoie son image. Elle l’aime assainie, aménagée, exploitée, humanisée ou urbanisée. Pour preuve, son horreur de la friche… » Friche, le mot a l’air méchant. Et le terme, si joliment désuet, de déprise agricole est, en fait, terriblement agressif. La déprise, c’est la prise relâchée, l’abandon, la défaite.

Nous sommes dans une civilisation qui trouve intolérable de laisser libre un morceau de territoire « 

(Fottorino – La France en friche).

En Provence, les traces d’une ancienne exploitation des espaces, aujourd’hui en friche

La forêt.

Dans la région de Tullins et de Vinay, la forêt couvre le sommet des collines et les fonds de vallons. Elle est constituée principalement de taillis de châtaigniers. On en utilise le bois pour la fabrication de piquets (clôtures des champs). Les communes ont choisi une valorisation supplémentaire : la filière bois-énergie*, le chauffage. « C’est une énergie locale et renouvelable, économiquement rentable, créatrice de richesse et d’emplois sur le pays. L’utilisation du bois-énergie nous permet aussi de mettre en cohérence nos préoccupations de gestion de l’espace et de qualité de l’environnement

(Mr. Santos-Cottin,  » La Trace  » janv. 1996)

Les agriculteurs propriétaires de bois trouvent là une ressource et un emploi partiel. Ils ont acheté en coopérative, du matériel pour exploiter la forêt et complètent l’action des professionnels. Les déchets de bois des coupes servent à alimenter des chaufferies qui sont installées ou le seront dans des villages pour un chauffage collectif.

Les chemins.

L’exploitation de la forêt et le traitement des friches s’accompagne de la mise en état ou la réouverture d’anciens chemins ruraux abandonnés. Ils peuvent aussi servir aux randonneurs. Ce travail s’est effectué grâce à l’embauche, par le Syndicat mixte du Pays de Tullins-Vinay, de jeunes en difficulté avec l’intermédiaire d’une association d’insertion.

* La filière bois-énergie utilise du bois de peu de valeur (déchets de coupe, branches tombées, éclaircissement des taillis). Cet emploi de ce qu’on laissait perdre permet de réaliser des économies en remplaçant une partie du combustible acheté par les collectivités ou les particuliers pour le chauffage. Peut-être pourrait-on adopter une solution analogue pour la valorisation des déchets des forêts endommagées par la tempête de 1999.

Le patrimoine objet de consommation touristique.

Le tourisme, base du développement local

Ceci est important dans les régions où l’agriculture est peu rémunératrice.

L’enjeu doit tenir compte des opinions et des attentes du monde rural. Il est nécessaire aussi de savoir ce que cherchent les touristes, c’est à dire les citadins, à la campagne…

Les attentes des touristes

Ils ont besoin de nature, de plein air, de calme ; la campagne leu donne le plaisir de (re)découvrir des sensations, une qualité de vie.

Cependant les rapports du citadin avec la campagne évoluent. Le citadin des dernières années du XXme siècle a moins de racines rurales que ses parents, il y a 25 ans.

« Aujourd’hui, les citadins, à la différence de leurs prédécesseurs des années 60, éprouvent moins qu’autrefois la nostalgie de la campagne. Ils ne s’intéressent plus guère à la terre, au travail agricole, mais davantage à ce qui fait l’air du temps : le paysage décor, le patrimoine local.» (voir F. Dubost et J. Le Cloarec, Ed.  Autrement, collection Mutations, n° 178- Le Monde 10 avril 1998).

Les séjours des touristes sont plus courts qu’il y a quelques années mais plus fréquents. Le touriste de la fin du XXme siècle souhaite pouvoir pratiquer quelque sport. Il fréquente de plus en plus les lieux culturels, musées, monuments restaurés, parcours botaniques, etc.

Le touriste ne rencontre plus le paysan d’autrefois. L’agriculteur est très souvent devenu un technicien avec de grosses machines, des écuries ou des bergeries modernes. C’est beaucoup moins  » pittoresque  » et  » authentique  » aux yeux des touristes !

Le résident secondaire souhaite s’installer, en général, pas trop loin de la ville ; il recevra, dans un espace agréable, famille (enfants, petits-enfants) et amis. Si l’occasion se présente, il liera, avec les voisins, des relations conviviales. Qu’il loue ou qu’il achète, il choisira, autant que possible, une maison de style local qu’il rendra confortable si elle ne l’est pas, en y employant son temps libre.

Les campagnes accueillent les touristes

Les agriculteurs, en quête de revenus complémentaires, se tournent donc vers l’accueil des touristes tout en s’assignant une véritable mission de sauvetage de leur patrimoine*. Ainsi, dans les cantons de Vinay et de Tullins, des gîtes ruraux** ont été aménagés dans les fermes et on fait visiter les plus beaux séchoirs à noix. Une Maison de la noix comprendra bientôt un musée et une boutique de vente des produits locaux, La restauration de monuments historiques, le balisage de chemins de randonnée, s’accompagnent de l’aide à l’exploitation de petit restaurant rural et de ’embellissement des bourgs. Et là il est souhaitable d’éviter les trottoirs en blocages roses ou tout autre décor passe-partout !

La valorisation du métier d’agriculteur

Ce doit être le but de toutes les visites de fermes. Certains exploitants, près des villes, ont transformé leur exploitation en « ferme-pédagogique » pour que les enfants, et aussi les grands, prennent contact avec le monde agricole.

Dans ces fermes il y a l’intérêt de la découverte élémentaire des animaux, des bâtiments, des outils…Mais guides et visiteurs adultes ne sont-ils pas tentés d’y chercher, avec une certaine nostalgie, les traces du passé ? Des chercheurs de l’INRA***¨s’inquiètent : S’il est intéressant, disent-ils, de voir renaître de la curiosité pour l’agriculture, on ne peut pas condamner les systèmes techniques agro-industriels contemporains. Or c’est ce qu’on rencontre souvent dans les fermes pédagogiques. (Courrier de l’environnement, Institut national de la recherche agronomique, août 1997, rapporté par « Le Monde » du 12 janvier 1999).

Les visites de ferme ne devraient-elles pas être l’occasion d’aborder les aspects de l’agriculture contemporaine, de soulever le problème des conséquences de la productivité et de discuter sur les perspectives de l’agriculture locale ?

*Voir Pierre Vitte  » Tourisme rural en espace rural : le territoire à l’épreuve « , Revue de géographie alpine n° 3, 1998.

**La fédération nationale des Gîtes de France regroupe des fédérations départementales composées d’un vaste réseau qui s’est constitué au fur et à mesure des besoins ressentis par les ruraux depuis 1957 : gîtes ruraux, gîtes de séjour, gîtes d’enfants, chambres d’hôtes, gîtes d’étape, camping à la ferme. Il existe aussi l’Accueil paysan, Clévacances…

*** INRA : Institut National de la Recherche Agronomique

Le patrimoine rural, un produit de consommation ?

Les besoins s’uniformisent. Le patrimoine est banalisé, standardisé.

Les institutions touristiques cherchent des dénominations qui sont susceptibles d’attirer la clientèle mais qui n’ont plus de signification réelle. On supprime des noms qui peuvent effrayer le touriste : le département des Côtes du Nord a été rebaptisé « Les Côtes d’Armor », le village de Fay le Froid, en Haute-Loire est devenu Fay sur Lignon. Telle station villageoise de ski ne dégage plus ses rues de la neige en hiver, pour faire plus authentique, au grand dam de ses personnes âgées qui ne peuvent même plus sortir de chez elles pour prendre l’air ! Les offices de tourisme espèrent attirer les clients par des noms alléchants. Que dire du titre d’  » Alpes Vraies  » que s’attribue le département des Hautes-Alpes ? Des exemples peuvent se trouver partout.

Les fêtes rurales.

La mode est aux fêtes campagnardes, labours, fabrication du pain à l’ancienne, danses folkloriques, carnaval, etc. Les habitants des campagnes y retrouvent-ils leur identité et une solidarité rurale ? On peut  » constater que la remise au goût du jour de traditions ou mieux encore l’invention de traditions ( ! ) se justifie par la nécessité de créer une animation pour attirer les touristes mais servent surtout à la population permanente qui, le temps de la manifestation, se retrouve autour d’un élément censé cristalliser l’identité et symboliser la cohésion  » (Vitte P., RGA n° 3 1998).

Mais, dit aussi P. Vitte : « La dimension idéologique n’est pas toujours absente ; si elle s’exprime dans une vision idéaliste du rural, de la nature, du passé rustique, elle peut prendre un accent de culte du local, d’exaltation de la différence, voire du repli ou du rejet… ».

Lou Carri 2010 (Mazan 84)

La traîne à 25 chevaux de traits pour le char du seigneur.

La tradition remonte au XVIII° siècle (et n’a jamais connu d’arrêt mais la fête n’a actuellement lieu que tous les 10 ou 20 ans) : les villageois étaient prêts à se révolter contre leurs seigneurs, et ceux-ci ont accordé une journée annuelle de fête satirique et burlesque. Aujourd’hui, le défilé rassemble plus de 150 chevaux et 300 personnes en costumes, le déroulement de la journée reproduit la coutume de l’époque. La journée attire, dans la commune d’environ 5000 habitants, entre 10000 et 30000 spectateurs

Les risques de dépendance financière

Le développement touristique dépend des financements extérieurs. Ceux-ci sont souvent destinés à des programmes généraux, d’aménagement du territoire, par exemple. Aussi les initiatives locales ont-elles besoin d’être solides et bien menées pour garder leur personnalité. Pour réaliser et investir, les communes ont besoin de s’unir, ce qu’elles font de plus en plus.

L’engagement vers un développement global et durable.

Cette expression un peu rébarbative est communément employée aujourd’hui par tous ceux qui travaillent au développement local. Car la dynamique créée par la volonté collective que l’on trouve dans l’utilisation du patrimoine, dans la valorisation des ressources agricoles et dans l’aménagement touristique, déborde sur bien d’autres améliorations. C’est, par exemple, l’installation de jeunes agriculteurs, l’insertion de jeunes en difficulté par des travaux communaux de mise en état des friches et des zones humides, l’embauche de salariés agricoles itinérants par des groupements d’agriculteurs. L’activité locale s’accroît, les services publics, écoles, poste, peuvent se maintenir ; des services de proximité, par exemple services sociaux pour les personnes âgées et les tout jeunes enfants peuvent être créés.

L’Évolution et la protection du paysage.

Qu’est-ce qu’un paysage ?

La chaîne du Mont Blanc

Sur cette photographie, nous voyons un paysage. Le photographe a choisi une pellicule couleur, la qualité de cette pellicule ; il a choisi aussi l’angle de prise de vue qui lui convenait, en quelque sorte il a réalisé une mise en scène pour nous offrir un spectacle. Si nous nous rendons à Chamonix nous nous écrierons peut-être, devant la chaîne du Mont Blanc :  » Quel extraordinaire spectacle ! « . Nous aurons alors envie de prendre le téléphérique du Brévent pour mieux encore apprécier le paysage, dans son ampleur, en face de nous.

Plaine en culture dans la Somme

Le regard que nous portons sur un paysage, est associé à nos émotions, à nos souvenirs, à nos préoccupations. Certains décrivent, lisent le paysage en fonction de leurs intérêts économiques, scientifiques, culturels.

Le paysage est donc une image. Il est l’image subjective d’un patrimoine. On lit un peu partout qu’il faut protéger le paysage : il doit rester, dit-on , beau et harmonieux, protégé des agressions liées à la société contemporaine. L’harmonie ainsi souhaitée, c’est quoi, exactement ? Est-elle la même pour tous ?

« Aux nuages d’octobre déjà bas se sont ajoutés les nuages de novembre encore plus noirs, puis ceux de décembre par-dessus, noirs et très lourds. Tout se tasse sur nous, sans bouger. La umière a été verte puis boyau de lièvre, puis noire avec cette particularité que, malgré ce noir, elle a des ombres d’un pourpre profond. Il y a huit jours on voyait encore le habert (la grande bergerie) du Jocoud, la lisière des bois de sapins, la clairière des gentianes, un petit bout des prés qui pendent d’en haut. Puis les nuages ont caché tout ça. »

Jean Giono, Un roi sans divertissement, 1947. Ce roman se passe dans le Trièves.

Les civilisations du paysage

Le géographe Augustin Berque relie la naissance du sens de la nature à certaines cultures. Il y a des civilisations sans paysage : le mot n’existe pas dans leur langage. Il distingue quatre critères pour définir une civilisation paysagère :

-l’usage d’un ou plusieurs mots,

-les beautés du paysage louées dans la littérature,

-la représentation picturale,

-la création de jardins d’agrément.

Ces quatre critères se trouvent uniquement en Chine dès le IVème siècle (sentiment enraciné dans la religion) et en Europe à partir du XVIème siècle. Le monde moderne avec le peintre découvre le paysage et le traduit de façon symbolique par la perspective. Jusqu’à une époque récente l’idée du paysage renvoyait principalement à l’art et à la littérature. Aujourd’hui le paysage n’est pas simplement contemplé ; la société prend conscience de le vivre et elle veut intervenir dans son élaboration.

La société contemporaine menace les paysages ruraux

« Le paysage, support de vie, concerne chaque habitant qui en est l’héritier, l’auteur, l’utilisateur et, bien sûr, l’observateur admiratif ou consterné » (J.R. Pitte -Histoire du paysage français- T. 1).

Des sites naturels sont des patrimoines protégés. Ils sont inscrits au patrimoine national ou au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Les paysages de campagne, images du patrimoine agricole, peuvent-ils, par contre, être protégés dans leur intégrité ?

Nous savons rapidement identifier un paysage d’Extrême-Orient, une campagne de Beauce ou un bocage breton. Nous savons que chaque société, à un moment donné, crée son espace. Le paysage est une marque, un témoignage de l’identité d’un groupe. Au cours de l’histoire, la culture économique et sociale des groupes a évolué. Les espaces successifs se sont superposés lentement. Les paysages que nous regardons sont la traduction, l’expression de cette complexité*.

On ne peut donc envisager le maintien intégral à long terme nos paysages ruraux. Peut-on conserver et évoluer en même temps ?

Paysage traditionnel vietnamien :

Les rizières sont préparées avec des moyens rudimentaires : labourage par des buffles,

Arrosage avec des outres.

* Nous avons vu plus haut que des volontés économiques et politiques avaient, au cours de l’histoire, imposé des changements radicaux, faisant disparaître à peu près complètement les structures anciennes de l’espace et le paysage qui leur était lié.

Les parcs nationaux et les parcs naturels régionaux.

On a pu croire, dans les années 60-70, à une emprise croissante de l’urbain et d’une agriculture industrielle, productiviste. Il fallait donc sauver des paysages que l’on jugeait exceptionnels ou « remarquables  » lieux d’une vie qui allait disparaître.

Les parcs nationaux sont, dans leur partie centrale, des sortes de conservatoires d’une nature dite encore  » vierge  » qu’il faut protéger contre toute forme de dégradation.

Les Parcs naturels régionaux (PNR) correspondent à des zones rurales aux paysages particulièrement appréciés des citadins, dans des régions jugées économiquement difficiles.

Grâce à la collaboration des habitants, les PNR ont pu s’adapter au monde contemporain tout en conservant le caractère original et attrayant des paysages (Vercors, Pilat…). L’agriculture s’y est maintenue et développée et les revenus touristiques y sont primordiaux.

Traite manuelle des chèvres

« Certaines zones viticoles peuvent être comparées à des monuments historiques. Il faut donc les conserver pour la postérité (…) La dégradation, voire la perte, de ces paysages est une réalité.

Elle témoigne d’une erreur impardonnable dans notre politique agricole et administrative. Les régions et les communes doivent encourager le maintien des vignobles car ceux-ci ont une importance particulière du point de vue historique, écologique, touristique et géologique. Plusieurs mesures devraient être prises le plus rapidement possible : zonages, remembrements parcellaires, construction de routes d’accès, aménagements en banquettes ou en terrasses, maintien des murets, diffusion plus grande des systèmes de monorails ou d’autres systèmes afin de réduire les coûts et l’emploi de la main d’œuvre. (…) L’important est de comprendre que la viticulture de montagne ne joue pas seulement un rôle productif, mais qu’elle a aussi et surtout une fonction de protection de l’environnement et du paysage. »

L’Alpe : Vin, vignes et vignerons (vol 5) Éd. Glénat, 1999.

Les parcs naturels régionaux.

En 1970, ils doivent  » servir de poumons de verdure autour des grandes métropoles  » et participer  » à la protection et à l’organisation du territoire qui présente un intérêt particulier pour la détente, l’éducation, le repos des hommes et le tourisme en raison des qualités de son patrimoine naturel et culturel « . (DATAR 1970)

Aujourd’hui, des PNR continuent à se créer (Chartreuse, Monts d’Ardèche, en Rhône-Alpes). Ils sont, en effet des lieux où se concilient le développement économique et le respect d’un environnement fragile. Grâce à leur charte et à l’apport financier des Régions, ce sont des outils pour l’entraide entre les communes, l’innovation dans le domaine agricole, l’action touristique. Ce sont de véritables laboratoires pour l’aménagement et le développement local où se conjuguent initiatives et solidarités.

Quels paysages s’intégreront dans l’économie contemporaine ?

La position des agriculteurs

On parle, nous l’avons vu, de développement local et global. Dans cette action, les paysages d’il y a quelques décennies ne seront pas forcément protégés ou conservés. Les agriculteurs d’aujourd’hui ne remettront pas en valeur les terrasses des pentes ardéchoises ni les terroirs anciennement cultivés des montagnes de l’Oisans, par exemple… Il faut s’attendre dans la plupart des régions de collines et de montagne, à une extension inévitable de la forêt ou de la friche. Si les agriculteurs ne souhaitent pas l’extension des friches, ils ne veulent pas non plus, devenir, comme il a été dit quelquefois,  » les jardiniers de la nature « . Le respect, autant que ce sera possible, des éléments du paysage traditionnel, passe par la mise en œuvre d’une économie rurale qui permette à ses acteurs de vivre.

La société urbaine a son idée sur le paysage rural.

Qu’ils soient touristes, résidents secondaires ou nouveaux ruraux, pour la majorité des citadins, la ville est source de contraintes et la nature d’aménités. Ils cherchent à la campagne un paysage ouvert, verdoyant, bien entretenu et, en même temps  » authentique » ; un type de beauté qui correspond à leurs représentations mentales.

Le viaduc de Garabit, Faverolles

(Cantal)

Les constructeurs du XIX° siècle avaient des références bien différentes des nôtres quant à la qualité des paysages ; ils ont multiplié les viaducs, par exemple font-ils pas partie de la beauté des paysages d’aujourd’hui ?

Le paysage est devenu la préoccupation de tous.

En France*, dans les années 70, pour accroître la productivité on est allé jusqu’à la destruction délibérée de certains paysages, celui du bocage breton, par exemple. Maintenant, politiques, professionnels de la nature, scientifiques, artistes, tous se lancent au secours du paysage et publient de multiples ouvrages. Les écologistes, les responsables de l’environnement et de l’aménagement du territoire, ont conduit le gouvernement à faire voter par le Parlement une  » loi paysage**  » dont le premier décret d’application a été signé le 8 janvier 1993. » Protéger, réparer, reconquérir « , voilà les trois principes de base de la loi de Ségolène Royal, auxquels il faudrait ajouter  » responsabiliser le public « .

Depuis de nombreuses années, des associations luttent contre le passage d’une ligne à haute tension, ou bien se mobilisent contre le tracé d’un TGV ou d’une autoroute. Question de nuisances, certes, mais aussi de paysage, coupé par cette nouvelle ligne artificielle.

Le TGV Méditerranée, construction du pont sur le Rhône à Avignon

* Chaque état a son histoire économique et sociale et même chez nos voisins européens les plus proches, la question du paysage ne se pose pas de la même façon.

** La directive paysagère prescrit notamment : « Tout changement dans la vocation d’une parcelle de terrain (boisement ou déboisement, construction ou destruction) est soumis à autorisation. Les directives paysagères font obligation d’enterrer les lignes électriques, de débroussailler son terrain. Elles peuvent interdire l’affichage ou la publicité. »

La loi paysage

La  » loi relative à la protection et à la mise en valeur des paysages  » introduit la prise en compte du paysage dans la gestion de l’espace.  » Réapprendre à penser l’espace  » c’est certes une sorte de révolution culturelle mais qui correspond à des valeurs profondes, à des attaches, patrimoniales. La loi paysage n’arrive pas sur un terrain vierge et ne prétend pas tout bouleverser. Le gouvernement recentralise le problème pour donner un fondement juridique à l’action des professionnels (architectes, urbanistes, paysagistes), des élus et des différentes associations. En plus des paysages  » remarquables  » déjà protégés, on donne une reconnaissance juridique à des éléments caractéristiques de paysages : haies, plantations d’alignement, berges, talus et chemins, plantations naturelles, murets, canaux, terrasses. Pour autoriser les constructions nouvelles, il faut que soit représenté par des photographies, le paysage dans lequel elles seront implantées. Pour l’entretien des villages et de leur patrimoine (habitat et monuments), pour les POS (Plan d’Occupation des Sols, conçus par les municipalités), il faut tenir compte du paysage. Ce n’est pas seulement une affaire juridique ; l’État propose des  » plans de paysage  » pour des projets montés avec les intéressés Des  » contrats pour le paysage « , signés ensuite entre l’État et les collectivités territoriales mettront en œuvre les études de faisabilité matérielle, financière et les personnels pour mener à bien les projets. Il faudra des spécialistes !

Pour conclure.

Voici quelques réflexions rapportées d’un séminaire du Centre international Pierre Mendes-France par Martine Raymond-Gouillon :

 » Le patrimoine nous rappelle encore au sens du temps. Ni passé ni futur : l’important est le lien qui les unit. La mémoire la plus belle n’ayant de sens que pour féconder l’espoir, conserver un patrimoine, c’est un peu porter l’avenir, entre père et fils, passer le relais entre générations.

Corrigeant le regard d’une société affligée de myopie, où le temps, en proie à la pression du court terme, ne cesse de rétrécir, le patrimoine invite à regarder plus loin « .

 » Il n’est de patrimoine que commun. Famille, Nation, Humanité : au nom du groupe, le titulaire du patrimoine choisit de se restreindre, de dépenser son temps et ses efforts. Ici point de réciprocité : il n’est rien à attendre de ces créatures muettes…à qui sont destinés tant de peine et de soins. La flèche est unilatérale et l’effort consenti sans espoir de retour. Ce n’est pourtant pas d’altruisme qu’il s’agit et, par-delà l’intérêt d’autrui, notre gardien sert bien le sien. Transmettre aux suivants de la chaîne, il s’en fait le maillon : sa démarche, identitaire, lui vaut une place parmi les siens ; l’élément s’inscrit dans le tout. Superbe modèle, décidément, superbe chantier, plus que tout, transversal, à ouvrir d’urgence « .

Organismes départementaux ou régionaux à solliciter pour une recherche :

Le CAUE du département (Conseil en architecture urbanisme et environnement).

La DDAF (Direction départementale de l’agriculture et de la forêt)

La Chambre d’agriculture du département

Musées du patrimoine, écomusées, musées ethnographiques, musées archéologiques…

Le Comité départemental du tourisme

La DRA (direction régionale de l’action culturelle)

Auteur : Pierrette GUIBOURDENCHE avec l’aide du chantier BT2 de l’ICEM

Collaborateurs de l’auteur : Marité BROISIN, Isabelle DORDAN, Claude DUMOND, François PERDRIAL et leurs élèves, ainsi qu’Isabelle AFCHAIN, Annie DHÉNIN, Colette

HOURTOLLE,Michel MULAT, Christine SEEBOTH.

Iconographie : M.BILLEBAULT, P.CARPENTIER, S.CONNAC, J.F.DHENIN, V.FEUTELAIS,

P.GUIBOURDENCHE, P.LABBARIERE, M.F. PUTHOD, P.WAIN

Vous pouvez aller directement aux pages :

« Les Amis de Saint Cybard »   association laïque reconnue d’intérêt général

Mairie de Vérac   21 route des Maurins   33240 VERAC 

Contact: schumachermichel@amicybard.org

Retour en haut